Parler de l’endométriose, des maladies féminines, c’est aussi ouvrir un espace de parole sur la femme, son corps, sa santé, son bien-être et sa sexualité. Libérer la parole, sortir des tabous, c’est un travail de tous les jours, un véritable acte citoyen. Un combat que Sara a décidé de mener avec son magazine Nicole.
Chroniques de l’endométriose est partie à sa rencontre pour parler des femmes et de leur sexualité.
Du projet au magazine en ligne : la naissance de Nicole.
Peux-tu nous raconter l’histoire de Nicole ?
Après mes études en communication visuelle et graphique suivi d’un master en design éditorial, il était temps de clore mes études avec un projet de mémoire. Nicole est née à cette période charnière de ma vie.
Je me situais dans une phase où je me questionnais beaucoup. Je me rendais compte des injustices concernant les femmes et des nombreux tabous qui entourent encore la cause féminine.
Je me suis dit que ce n’était pas normal de se taire.
Après tout, comment un truc aussi banal que le corps de 50% de la population vivant sur cette terre peut engendrer des tabous aussi persistants ?
Pour étudier cette question, j’ai choisi de créer un magazine sur l’intimité des femmes.
Au départ, j’ai travaillé la photographie de chambre couplé de témoignages. Le but était de briser le tabou de l’intimité spatiale de la femme que représente sa chambre et donc de son corps.

Nicole, un prénom unique, pourquoi ce choix ?
J’aimais l’idée de personnifier mon concept. Je me suis mise à la recherche d’un prénom de femme. Nicole est alors arrivée comme une évidence.
Un prénom qui correspond à mon concept jusque dans son étymologie. En effet, le suffixe « cole » en latin signifie « être dans son habitat, dans son nid, dans son intimité ». D’ailleurs, on dit des jeunes oiseaux qu’ils sont nidicoles, ils ne savent pas voler et restent dans leur nid.
Un prénom qui représentait exactement le concept de ce magazine.

Nicole en 2021
Du travail de fin d’étude à un projet de vie, comment Nicole s’est développée ?
Une fois mon mémoire fini, j’avais un gout de trop peu. Et là, c’était parti.
J’ai commencé par une page Facebook. Un vrai engouement s’est alors développé. Cela m’a énormément motivé car je sentais un intérêt grandissant sur ce thème, l’envie pressante de parler, de partager sur un sujet que l’on a trop souvent tu. Une envie autant partagée par les femmes que les hommes.
On se rend vite compte que dans le fond, ces tabous ne tiennent pas à grand-chose.
Ensuite, j’ai développé mon site internet où je partage des témoignages et des articles sur la femme, la sexualité, les règles, le féminisme, … Des sujets qu’il faut aujourd’hui mettre en lumière pour faire avancer les choses. Je me sens réellement investie d’une mission auprès des femmes et je suis très heureuse d’apporter ma pierre à l’édifice et je l’espère contribuer à libérer la parole.

La question des tabous liés aux femmes
Comment Nicole déconstruit les tabous ?
Orgasme, masturbation, clitoris, règles,… des mots que l’on retrouve de plus en plus souvent scandé sur internet ou Instagram. Mais qu’en est-il vraiment dans la société de tous les jours, dans les couloirs de l’école, au bureau, chez papa-maman ? C’est là où le bat blesse.
Le corps de la femme, sa sexualité et donc son plaisir évoluent autour d’énormément de tabous. Cela peut provenir d’un manque de connaissance mais également d’un contexte sociétal encore trop ancré dans le patriarcat.
Il existe de nombreux sujets dont on ne parle pas ou plutôt dont on ose pas parler. Et cela nous mène à des situations complexes par rapport à soi, son intimité et sa propre santé.
Oser dire non lorsque l’on n’a pas envie, oser dire que l’on a mal pendant ses rapports intimes, parler des maladies féminines, de l’infertilité, …. on remarque qu’aujourd’hui il est encore essentiel de rappeler ses notions.
Un travail encore conséquent reste à mener pour les femmes, les mères et les jeunes filles.
Alors, avec Nicole on approche un sujet, un tabou, un témoignage, on réfléchit et on déconstruit les croyances, les tabous pour bousculer les gens, les mentalités et avancer vers plus de liberté pour les femmes.
C.D.
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